Rencontre
avec Jean-Claude Anaf.

Jean-Claude Anaf, du commissaire-priseur à l’expertise et à l’estimation

En plus de 40 ans de carrière, Jean-Claude Anaf a dispersé de nombreuses et grandes collections dont les catalogues et résultats font référence. L'art de vendre aux enchères touchait tous les domaines qu'étaient l'artistique, les véhicules et le judiciaire.

Promouvoir Lyon, deuxième ville de France pour ses Hôtels de vente tout au long des années d'exercice et jusqu'à la vente de Lyon Brotteaux l'Hôtel des ventes, telle était la volonté de Jean-Claude Anaf. En parallèle à Saint-Priest, l'hôtel des ventes dédié aux véhicules et matériels industriels se classait dans les 5 premiers français.

Avec une carrière de commissaire-priseur d’exception à la fois dans le domaine de l’artistique, des véhicules ou du judiciaire, Jean-Claude Anaf, a maitrisé avec assurance de nombreuses adjudications de collections prestigieuses dont les catalogues et les résultats font références.

Le milieu des enchères caractérise Jean-Claude Anaf tel un maître d’œuvre implacable dans le domaine des affaires. Les différentes salles des ventes et l’Hôtel de ventes des Brotteaux ont su la propulser parmi les meilleures de France et ainsi acquérir une des plus grandes places mondiales du marché de l’Art.

Grâce à son aisance verbale et sa prestance, Jean-Claude Anaf va maitriser avec assurance le marteau du commissaire-priseur au fil des années et orchestrer des ventes prodigieuses en faisant grimper les enchères. Jean-Claude Anaf a su bien évidemment s’entourer des meilleurs.

Depuis la vente des salles des ventes, et sa cessation d’activité en tant que commissaire-priseur, ce passionné d’objets d’Art, a préparé son grand retour sur la scène culturelle lyonnaise.

Avec sa nouvelle société ANAF EXPERTISE ESTIMATION VENTE, Jean-Claude Anaf propose dorénavant un service privé d’estimations d’objets d’art en toute confidentialité.

Ainsi, le nouveau domaine d’activité de Jean-Claude Anaf suggère de vous accompagner dans toutes les démarches d’expertise permettant d’obtenir l’estimation de vos biens.
En collaboration avec des experts agréés de toutes spécialités, ANAF EXPERTISE ESTIMATION VENTE sera en mesure de vous fournir une estimation et une expertise approfondie de la valeur d’œuvres d’art et objets de collection.


Jean-Claude Anaf, "le meilleur" à Budapest

Invité par les Hongrois, Jean-Claude Anaf leur a donné un grand spectacle et une leçon de vente aux enchères en cent tableaux. Magistral et payant.

(Archive de presse par Sophie Bloch)

La salle avait été choisie petite, au quatrième étage d'un palais où la majesté des escaliers confesse encore le faste des bals prussiens. Marbres verts, marbres roses, dégueulandos de tapis au bout desquels la transition est brutale : ascenseur stalinien, moquettes défraîchies et néons glacés. Dans un décor typique des années cinquante qui remontait l'histoire hongroise jusqu'à son cul de sac, maître Anaf avait tout à faire. Il l'a fait. Dans les quarante- cinq secondes chrono du ping-pong exécuté sur l'œuvre numéro un du catalogue, une salle en état de choc a découvert un jeu fascinant, dans une mise en scène jusque-là inconnue : la vente aux enchères. Sur ce petit autoportrait d'Aba Novak Vilmos, tempera sur papier de 1933, les enchères ont rebondi jusqu'à tripler l'estimation et, au premier coup fracassant du marteau d'ivoire, l'ovation a éclaté. Applaudissements, soupirs et éclats de rires, c'était gagné.

La règle du jeu

Débarqué de son avion trois heures plus tôt, Jean-Claude Anaf avait appris, dans le taxi ralliant Budapest, les préceptes hongrois. Interdiction absolue de rompre la règle arithmétique qui prévaut aux surenchères. Obligation de répéter par trois fois "c'est vu, j'adjuge” avant tout coup de marteau. Nécessité enfin d'entamer les débats au prix mentionné sur le catalogue, prix supposé être et celui de réserve en deçà duquel le vendeur retire la toile de la vente et le prix d'estimation... Ainsi sont sauvegardées des apparences de clarté au détriment d'un suspense à la française que le commissaire-priseur lyonnais était, quoi qu'il arrive, bien décidé à importer.

Au rythme de trois ventes de tableaux organisées chaque année par l'agence étatique des antiquités, à la cadence mollassonne (si l'on en croit les imitations féroces osées par le public vendredi soir) imposée par l'unique commissaire-priseur hongrois, Budapest était encore, il y a peu, une place inexistante sur le marché de l'art. Depuis Quelques années, trois galeries se sont constituées sous forme de sociétés anonymes, deux d'entre elles ont des licences d'exportation dont la Mugyujtok galerie qui organise ses propres ventes aux enchères.

A la tête de cette galerie, Mme Patzay, issue du milieu artistique hongrois et descendante d'un grand sculpteur, a choisi de défendre une certaine éthique. Avec l’étatique, Vilma Patzay compose, mais avec les grands marchands étrangers, elle dispose et renvoie à leurs trafics douteux tous les affairistes et notamment ceux qui, vendredi soir, à l’issue de la vente, sentaient le vent de l'histoire tourner en leur faveur. En revanche, inviter Jean- Claude Anaf à défendre la côte des artistes hongrois est très exactement le genre d'audace dont elle est capable. Un rien émue par sa propre intrépidité, Vilma Patzay se dope en répétant inlassablement une formule qu'elle a décrétée magique : "Tant qu'à faire, pourquoi ne pas choisir le meilleur".

Une grosse colère

Et le meilleur, en l'occurrence, c'est Anaf puisqu'il y a six ans de cela, il a établi un record sur une toile d'Hugo Scheiber parvenue à son étude lyonnaise par hasard. En frappant 47 000 francs ce soir-là, Jean-Claude Anaf s'ouvre un joli créneau qui, trois années durant, ne fait que s'élargir et s'élargit tant et si bien qu'il en perd le monopole. Des toiles livrées la veille d'une vente servent de prétexte : le commissaire lyonnais fait une grosse colère, brandit le spectre d'une chute du marché et se retire sur ses terres.

Diplomate à ses heures et généralement à bon escient, Jean- Claude Anaf invite cependant les Hongrois à l'inauguration de son Hôtel des Brotteaux. D'embrassades en congratulations, c'en est fini de la guéguerre froide, l'école hongroise reprend le chemin lyonnais par containers, Bêla Kadar et Scheiber en tête. L'idylle bat son plein et l'étude lyonnaise, fréquemment représentée à Budapest par Jean Martinon, ne se bat plus sur la quantité des œuvres exportées mais bien sur leur époque ou leur qualité.

Le "meilleur" était donc à pied d'œuvres en fin d’après-midi, vendredi, le smoking impeccable, le nœud pap vissé sur une horizontale qui pourrait servir de niveau étalon aux artisans du monde entier et dans un état de fébrilité record, quoique soigneusement masqué.

Essayant sa voix, tirant sur tous les bouts de moquettes qui dépassaient disgracieusement, réglant les éclairages et apprenant aux garçons de salle le maniement des tableaux, il emporta l'admiration de toutes les dames de la galerie Mugyujtok qui, dans la foulée, pulvérisèrent le record d'agitation précité.

L’une était blanche, l’autre livide

Première victime de l'épidémie, Judith Virag, jeune femme d'une nature manifestement olympienne en temps ordinaires, historienne de l'art en général et de l'école hongroise en particulier, à qui revenait le redoutable honneur de la traduction en simultané. -"Dites-moi vos phrases habituelles, que je sache un peu à l’avance", -"Mais je ne sais pas moi, je raconte ce qui me vient, j'improvise et je vais vite. Ne vous inquiétez pas, j'ai l’habitude". Dans le genre vendeur d'orviétan, Anaf n’a pas son pareil.

Blanche, elle s'est avancée sur la scène, suivie d'une Vilma Patzay livide qui s'était longuement demandée si une salle de deux cents fauteuils, ce n'était pas un peu trop vaste, un peu trop prétentieux... Ils étaient trois cents spectateurs à occuper jusqu'au travées ou à se tenir debout à l'extérieur. Il y avait aussi, comme redouté, les dignitaires du magasin gouvernemental des antiquités installées au premier rang et prêts à commenter le flop annoncé. Dix minutes plus tard, ils avaient quitté les lieux, définitivement en panne de médisances. Entre temps, Me Anaf y était allé de son petit discours, célébrant Lyon et la France, Budapest et la Hongrie, la liberté jaillissante, l'Europe à venir et les initiatives privées qui, telle celle-ci, faisaient avancer l'Histoire vers des jours définitivement meilleurs.

Le cirque habituel

Et puis c'est parti, vite, très vite et Judith Virag a tout traduit, apartés et invectives, les "ça mérite beaucoup mieux que ça" les, "vous allez le regretter je vous le prédis", ou encore "monsieur, vous ne pouvez pas décevoir votre épouse, regardez-la, elle dit oui" et autres "dans la vie il faut tout arrondir, de 48 000 florins à 50 000 par exemple". Il leur a fait le petit cirque habituel, provocations et bouderies comprises, il les a fait rire, il les a exaspérés et ils ont marché. Le nu de Bernath doublait son estimation tout comme Le garçon avec cruche de Fenyes. Un sublime Armin Glatter, dont on assurait une heure avant qu'il ne portait aucun ordre d'achat pour les 18 000 florins d'estimation, s'en­ volait jusqu'à 75 000 et les restes à l'avenant. Il suffisait de dépasser d'un cran la somme portée au catalogue pour que le public s'enflamme. Un public de marchands allemands, italiens, autrichiens, américains mais aussi composé de particuliers hongrois en quête de placements.

Faute d'enchérisseurs et en raison de cette règle qui interdit d'ouvrir les débats en deçà du prix d'estimation, une dizaine d'œuvres ont été au vu de tous retirées de la vente. Une vingtaine de tableaux ont été adjugés au chiffre exact de la réserve, quant aux soixante-dix restants, ils ont composé les temps joyeux, tumultueux ou tendus d'une vacation à nulle autre pareille.

Les joues de Vilma

Les dames âgées se bouchaient les oreilles à l'approche du coup de marteau fatidique, les ronchons rouspétaient quand ils n'avaient pas entendu les trois "c’est vu j'adjuge"obligatoires, Jean Martinon tançait Me Anaf lorsque des francs bousculaient des florins. C'était drôle et incroyablement bon-enfant. Sur un petit nuage, Vilma Patzay mélangeait ses fiches et, commençait un calcul mental qui, in fine, dépassait les 12 millions de florins. Traduit en francs français, le produit de la vente serait de plus d'un million. Un million qui, placé en regard du niveau de vie hongrois, en vaut cinq ou six.

Mais peu importe. Quand on vient sans percevoir d'honoraires, quand on offre toute la publicité faite dans la Gazette de Drouot,c'est sans doute parce qu'on espère frapper quelques nouveaux jolis coups à Budapest. Mais c'est surtout parce qu'on a choisi de mesurer son succès à la couleur des pommettes de Vilma et Judith. En fin de soirée, elles étaient d'un rose délicieux.

Le petit Gagne, le grand perd

Prouvent à l'envi le succès de la vente Anaf, les cotes réalisées par des œuvres dont on apprenait au dernier moment qu'elles ne pouvaient passer la frontière hongroise. Or, sur la plupart des tableaux anciens et d'un prix élevé, les marchands hongrois ont eux-mêmes enchéri, spéculant sur une levée prochaine de l'interdiction de sortie.

Unique déception, un Istvan Reti, classé et déclaré œuvre du patrimoine hongrois, n'a pas trouvé acquéreur en son pays. Les 250 000 florins de départ étaient certes osés pour une scène de cirque traitée en clair-obscur, mais Etienne Reti n'est autre que le chef de file de la branche de l'école hongroise illustrée dans cette vente.

En effet, n'était pas représentée, vendredi, la partie de l'école hongroise inspirée par Paris et les avant-gardes, mais bien le groupe qui, parti au tout début du siècle faire ses classes à Munich, revient à Budapest puis s'installe dans le sud du pays en refusant toutes les tendances à la mode, du fauvisme au constructivisme. L’école fondée est celle de Nagybanya, résolument tournée vers le plein-air, elle durera jusqu’en 1940. Reti meurt en 1945.

Janos Vaszary, qui a fait ses études à Munich et à Paris, a obtenu, lui, la plus forte enchère pour une huile sur carton estimée 85 000 florins et que se sont disputé jusqu'à 750 000 florins deux couples saisis par un incroyable coup de foudre. C'est ainsi qu'une petite fille assise dans un champ a offert à la vente ses plus beaux instants.